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Étape #02

Vritz > Soulvache

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mardi 14 juillet 2020
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le Résumé de l'Étape

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la Rencontre du Jour

Fabienne Jouan

Ici il y a un renouvellement des habitants par un achat récent de maisons inoccupées. À nous d’aller vers les nouveaux.

C’est vraiment dommage que la grande fête du 14 juillet de Rougé n’ait pas eu lieu cette année. Elle attire de loin.

Les gens n’ont pas compris pourquoi on ne pouvait aller à l’étang. Il suffisait qu’on fasse un sens de circulation. Que pouvait-on faire d’autre quand on avait le droit à seulement une heure ?

Ici, les gens se connaissent assez. Pas besoin de la mairie pour s’entraider.

Fabienne Jouan

Maire de Soulvache (1er mandat)

l'Image(s) du Jour

Fête nationale et habitude locale

Aujourd’hui jour de fête nationale, je suis invité à regarder local.  Je m’invite dans les bourgs et m’échappe hors des routes départementales, traversant les hameaux. Je rebondis par pas de six kilomètres, régulièrement. Je croise quelques personnes âgées en marcel ou en blouses fleuries qui arrosent leurs potagers. Je m’arrête aux cafés ouverts. Dans un café bondé, je suis le seul à boire un café. Dans un autre, j’apprends qu’un quart d’heure suffit à équarrir un veau. Sur la place de la mairie, et sur la façade des équipements, il y a bien des drapeaux tricolores, mais comme ailleurs cela semble être devenu une habitude. C’est peut-être le post-COVID, peut-être les vacances, peut-être le secteur, mais ce jour de fête semble bien ordinaire.

En parcourant le nord du département, j’ai la sensation d’arriver au bout de quelque chose. Le paysage est magnifique, les haies bocagères sont bien entretenues, les champs de blés et de maïs s’étendent aux pieds des éoliennes, et les vaches continuent de m’ignorer. Mais j’ai un sentiment d’usure. Même ma manette de passage de vitesses s’y met et meurt littéralement entre mes doigts.

Je bricole avec peine en compagnie de Michel, un ancien mécano « qui a toujours su que le vélo redeviendrait à la mode ».

Et puis je prends conscience que depuis des kilomètres, je n’ai pas vu une construction neuve. Les formes architecturales les plus récentes que j’ai rencontrées, ce sont des tunnels en plastique vert qui cachent un élevage hors-sol. Hors des bourgs, il y a des constructions qui dépérissent. Des toitures métalliques qui s’affaissent. Certaines sont désaffectées, mais le pays est encore bien habité. Des appentis précaires sont accolés aux magnifiques étables charpentées et finissent par durer. Des extensions en parpaing sont greffées aux magnifiques bâtiments en schiste. Parfois, elles sont enduites, souvent laissées brutes. Des menuiseries PVC se sont insérées dans les murs de pierres, enrobées d’un ciment.  Je suis frappé aussi du nombre de mobil-homes, caravanes et constructions légères qui semblent habiter à proximité immédiate des anciennes bâtisses.

Architecturalement, je sais qu’il est très difficile de faire évoluer de l’ancien. Cela demande du temps, de l’expertise, et parfois de l’argent. Ici, je pressens un fort attachement à l’existant, qu’on veut véritablement préserver, faire avec, mais qu’il est compliqué de lui donner une nouvelle vie.

Je comprends aussi qu’il est difficile de demander à une même personne de prendre soin et investir pour conserver un bâti de qualité, alors qu’elle doit déjà cultiver des hectares, gérer des machines techniques et jouer avec le climat. Sur mon vélo, je suis de plus en plus convaincu que le renouveau de nos campagnes ne passera pas seulement par l’exode urbain de métiers extraordinaires, bien que je repère les panneaux d’équithérapeuthe, de relaxologue, de professeur de yoga et de gîte en bord de route. Pour prendre soin de ces architectures et de ce paysage, c’est le système qu’il faut soulager, façonner, transformer. Et comme me disait ce paysan retraité : « on doit réapprendre à faire dialoguer deux mondes pour s’en sortir ensemble. »

le Bourg du Jour

Soulvache

Quittant Fercé, je replonge dans le bocage de haies denses, caractéristique du pays de Châteaubriant. Au loin, perchées sur une crête d’un contrefort du Massif armoricain, émergent de nouvelles éoliennes.

En premier rideau, il y a la forêt du Plessis, encore marquée par le passage d’une voie ferrée.

Exposé au vent, je redescends vers un village ramassé autour d’un clocher à base carrée et coiffée d’une pointe d’ardoise pour arriver à Soulvache.

Je dépasse le stade en entrée de ville, et pénètre dans l’enveloppe urbaine. Quelques maisons plus tard, me voilà devant la mairie et le parvis de l’église. Il y a aussi les drapeaux français posés au pied du monument aux morts. Depuis deux jours ceux-ci ont repris une importance à mes yeux. Moins écrasés par la ville ou mieux placés, je ne sais pas. Et dire qu’ils ont été l’objet de concours nationaux d’art il y a 100 ans… Préambule à l’invasion des ronds-points de nos petites communes par les artistes. Je me demande quel sera le prochain ? Je sèche… et vous ?

Je suis au cœur du bourg le plus au nord du département. Au-delà de Châteaubriant, notre « Winterfell local ». Le schiste aux nuances de vert, de bleu et de pourpre compose des murs d’habitat traditionnel en bon état. Entre l’église et la mairie, il y a l’école publique de type Jules Ferry. Je souris en repensant aux paroles de mon père : « Soulvache, c’est la nomination à éviter pour tous les instits’ de l’académie ! » Je ne suis pas d’accord. Les mobilités ont évolué et les maisons sont rénovées.

Je traverse cette grande départementale RD110 qui perfore d’est en ouest, et m’engage dans cette petite rue Saint-Fiacre qui serpente en descendant vers le lit du Semnon jusqu’au lieu-dit Les Ponts. Le petit pont de Pierre datant du XVIIe siècle a disparu, au profit d’un tapis de bitume déroulé sur le paysage. Sans même m’en rendre compte, je traverse le Semnon. C’est seulement après avoir franchi la ripisylve que je m’aperçois être allé de l’autre côté, en l’Ille-et-Vilaine.

On dit qu’hier c’était l’ancienne « Voie royale » qui reliait Châteaubriant à Rennes. C’est aujourd’hui un sentier communal à l’écart du bourg. Les voies ont la vie longue, mais nous, la mémoire courte.

Je remonte vers le bourg, et profite de sa position en promontoire pour observer le paysage : à 500 mètres à l’ouest, la rivière du Brutz est une frontière naturelle avec l’Ille-et-Vilaine. Elle se jette dans le Semnon, à 500 mètres au Nord, qui est une autre limite départementale. Je souris et me demande : pendant la période de confinement, un. e soulvachais. e pouvait être autant en 35 qu’en 44.  Peut-on dire qu’ils sont 39,5 ?

Je regarde la carte et comprends que le bourg est décentré. Il est à peine plus étendu que les hameaux qui parsèment le territoire communal. On dit que c’est une « commune constellaire ».

Je choisis de repartir au sud, pour explorer le vallon de la Brutz et rejoindre le hameau de Bonne Fontaine. Je longe un rideau de verdure qui marque la limite départementale et dépasse le bar rose tenu par la nouvelle maire. En face il y a un étang. Il paraît que c’est une ancienne mine de fer, créée au début du siècle, mais abandonnée depuis 1950. Ce serait devenu une exploitation d’eau pour 22 communes du pays. Comme Cordemais et beaucoup d’autres, Soulvache est une commune rurale indispensable à l’équilibre des villes.

le Patrimoine du Jour

L’église de Janus

Depuis le départ de Montrelais, et bien que je n’en sois pas même baptisé, j’ai pris pour habitude de m’arrêter devant chacune des églises. Je suis curieux de découvrir « l’église-maton produit », ce photomaton des églises rencontrées le long du parcours.

Pour les comparer, je me mets dans l’axe de la nef, et recule jusqu’à accoler mon dos à la façade opposée. Je dresse ainsi le portrait de l’éventuel clocher, de la porte d’entrée, mais aussi de l’espace public qui la précède. Certaines ont du mal à respirer, sans même un dégagement devant leurs emmarchements, quand d’autres, plus rares, profitent d’un large parvis. Pour l’instant, seul Freigne a pris le parti de la symétrie.

La plus élancée est assurément celle de La Chapelle Glain, mais dans le grand paysage, elle se fait discrète devant les antennes électriques et les éoliennes. Cela me rappelle les mots de Julien Doré (toujours pas le chanteur, son homonyme) qui me dit que c’est à cause d’elle qu’on capte mal à Freigne : sa masse interfère avec les ondes du réseau.

D’ailleurs, elle fait face à un coiffeur, peut-être le cent trente septième créatif que je rencontre.

Jeff, qui m’héberge, me dit que j’ai loupé celle du Petit-Auverné. Il ajoute que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais on s’accordera à dire que celle-ci est plutôt « disgracieuse ». Elle serait toute en béton, et cela me rappelle l’église de Noyal-sur-Brutz, aux lignes épurées et dénuées d’ornement.  Souvent, elles s’invitent dans le paysage pour annoncer que je trouverai un bourg à quelques kilomètres. Il n’y a que celle de Soudan qui se cache derrière une masse métallique marquant l’entrée de ville. Là bas d’ailleurs, les fermes sont toujours plus imposantes et phagocytent encore un peu plus un paysage déséquilibré.

Régulièrement, elles n’ont pas de clocher.

L’ancienne église de Soulvache, massive et sans clocher, reste associée à son cimetière. Une exception, car ailleurs, le cimetière déporté marque souvent la limite entre l’enveloppe urbaine et les terres agricoles.

Et puis il y a l’étonnante église Saint-Pierre de Ruffigné. Comme Janus, elle a deux visages. La partie avant de la nef est en lamelles de schiste et joints marqués. On dirait une petite chapelle rurale, sans clocher, à la tour carrée habitée par les pigeons. Derrière, hors échelle, il y a la masse disproportionnée du transept en moellons enduits. Les courbes de l’abside évoquent une architecture néo-romane, grisonnante, soulignée en pied par de magnifiques hortensias violacés.

Et puis autour, s’y sont greffées quelques curiosités : d’abord les urinoirs publics bien à la vue, puis une échelle à crinoline en façade, principal élément d’ornement. Enfin, le distributeur de pain.

Face à cette diversité d’églises, on s’entendrait à parler de patrimoine mais il est difficile d’entrer dans un rapport manichéen, et de distinguer ce qui est de ce qu’y n’est pas patrimoine.

Chanson du Jour

Rural

par Jeanne Cherhal

Originaire dErbray elle nous parle au deuxième degré du coin de son enfance